Statues et masques africains : acheter sans piller, l’éthique

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Un masque dogon accroché au mur fait toujours son effet, sculptural, chargé d’histoire. Mais tous les masques et statues africains vendus en Europe n’ont pas la même provenance, loin de là, et la question mérite d’être posée avant l’achat plutôt qu’après : d’où vient réellement cet objet, et qui a été payé pour le fabriquer ou pour le vendre ?

Artisanat contemporain contre objet ancien retiré de son contexte

Il existe une différence fondamentale entre un masque sculpté aujourd’hui par un artisan pour la vente — une pratique parfaitement légitime et vivante dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest — et un objet ancien, parfois rituel, sorti de son territoire d’origine dans des conditions douteuses, souvent durant la période coloniale ou par des circuits de collecte peu scrupuleux dans les décennies qui ont suivi. Le premier se vend en toute transparence, avec le nom de l’atelier ou du sculpteur. Le second circule souvent sans aucune traçabilité, ce qui doit alerter n’importe quel acheteur attentif.

Les signaux qui doivent interroger

Un vendeur incapable de dire dans quel pays, quelle région, voire quel village l’objet a été fabriqué doit éveiller la méfiance. De même pour une pièce présentée comme « rituelle » ou « cérémonielle authentique » sans aucun document : les objets réellement anciens et culturellement significatifs, quand ils circulent légalement, sont en général accompagnés d’un historique de propriété (la « provenance ») retraçant leur parcours depuis leur sortie du pays d’origine.

Le certificat d’origine, un minimum

Pour tout achat un peu conséquent, demander un certificat d’origine n’a rien d’excessif — c’est une pratique courante chez les antiquaires et galeries sérieuses spécialisés en arts premiers. Ce document précise généralement le pays de fabrication, parfois l’ethnie ou l’atelier, et surtout la date d’entrée sur le territoire européen, un élément important puisque plusieurs pays africains ont légiféré ces dernières décennies contre la sortie de leur patrimoine culturel.

« Le trafic illicite de biens culturels prive les populations de leur mémoire et de leur histoire, et alimente des réseaux qui n’ont aucun respect pour le patrimoine des peuples. » — position constante défendue par l’UNESCO dans le cadre de sa convention de 1970 sur les moyens d’interdire et d’empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels.

La distinction entre objet cérémoniel et objet touristique

Un point mérite d’être précisé, car il évite beaucoup de malentendus : dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest, il existe depuis longtemps une production spécifiquement destinée à la vente aux voyageurs et aux collectionneurs, distincte des pièces réellement utilisées lors de cérémonies. Ces objets « de vente » ne sont pas moins légitimes pour autant — ils font vivre des ateliers entiers et perpétuent des savoir-faire de sculpture bien réels — à condition d’être présentés comme tels, sans être maquillés en pièces rituelles anciennes pour en gonfler artificiellement le prix.

Privilégier les circuits directs

Acheter directement à un artisan ou à une coopérative identifiée, plutôt qu’à un revendeur anonyme sur une place de marché en ligne, garantit à la fois une meilleure rémunération du sculpteur et une provenance beaucoup plus claire. Plusieurs associations et galeries spécialisées en France travaillent en lien direct avec des ateliers d’Afrique de l’Ouest et affichent cette traçabilité comme un argument de vente à part entière — ce qui, en creux, montre bien que ce n’est pas systématique ailleurs.

Poser la question, simplement

La règle la plus simple reste la meilleure : demander d’où vient l’objet, qui l’a fabriqué, et refuser d’acheter si la réponse tourne autour du pot. Un objet acheté dans le respect de son origine se raconte avec plaisir aux invités qui le remarquent ; un objet dont on ignore la provenance reste, au fond, un peu gênant à exposer. L’ICOM, le Conseil international des musées, publie régulièrement des listes rouges d’objets à risque par région, une ressource utile pour affiner son regard avant l’achat.

Une fois l’objet choisi en connaissance de cause, reste à trouver la bonne place pour lui dans la pièce, sans le noyer parmi dix autres bibelots. Notre dossier sur le style bohème donne quelques principes utiles pour lui laisser vraiment de l’espace.


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